Après un premier article sur le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne, nous allons voir ici les limites et les grands enjeux auxquels elle devra répondre. Rappelons néanmoins que l'objectif premier de la BCE est la stabilité des prix, autrement dit une inflation "proche de 2%".
La première controverse au sujet de la BCE touche à son indépendance vis à vis des pays membres de l'Union (et touche donc à sa légitimité). En effet, pour caricaturer, la BCE a les yeux rivés sur l'inflation et ne doit se soucier ni des conséquences liée à une certaine inflation ni aux revendications des pays membres pour influencer la politique de la BCE. L'indépendance de la BCE a du bon et peut aussi avoir du mauvais. Certains sont donc pour cette indépendance, d'autres contre.
Ceux qui sont pour nous expliquent que l'indépendance empêche les gouvernements de pratiquer des mesures monétaires électoralistes (donc populistes). Par exemple, un gouvernement va pratiquer une politique de rigueur en début de mandat et de relance en fin de mandat pour que le ménage ait une illusion de croissance. On comprend bien que cette alternance rigueur/relance sur une période courte (5 ans si on se place en France) rend l'économie plus instable.
Une deuxième raison de l'indépendance de la BCE est que ses pays membres ne sont pas dans des situation économiques identiques : ils n'ont par conséquent pas les même souhaits de politique monétaire (ainsi l'un voudra diminuer les taux d'intérêt pour augmenter la consommation, tandis que l'autre voudra augmenter les taux d'intérêt pour limiter l'inflation). Le "droit d'influencer" la politique monétaire de la BCE aurait donc au final des effets contre-productifs au niveau global de l'Union.
A l'inverse, ceux qui sont contre l'indépendance de la BCE ont eux aussi des arguments tout à fait crédibles : cela prive en effet le manoeuvres économiques pouvant réduire le chômage, ou encore la BCE se préoccupe uniquement de la lutte contre l'inflation, et non pas de la croissance économique et du chômage. De plus, certains économistes monétaristes comme Milton Friedman, sont contre l'indépendance car elle n'empêchera pas la BCE de faire des politiques inflationnistes (donc en clair, pour les monétaristes, ce n'est pas parce-que la BCE est indépendante que le problème de l'inflation sera forcément réglé).
Mais existe-t-il une "inflation idéale", qui pourrait convenir à tout le monde et qui ne serait pas au détriment de la croissance? Chacun cherche encore aujourd'hui la pierre philosophale.
Certains économistes reprochent à la BCE des taux trop élevés, ce qui entraine une apréciation de la monnaie. Cette apréciation rend les exportations d'autant plus difficiles, d'où une baisse de la compétitivité. C'est le cas de la France en particulier; c'est d'ailleurs pour cette raison que Nicolas Sarkozy s'en prend depuis quelques temps à la BCE et à ses taux de change trop élevés.
Mais il ne faut pas oublier que les pays membres n'ont pas tous la même situation économique. Ainsi certains pays reprochent au contraire à la BCE de pratiquer des taux directeurs trop faibles; c'est le cas de l'Irlande qui voit depuis quelques années une surchauffe de son économie grâce à un crédit facilité (la consommation augmente mais pas forcément l'offre, d'où surchauffe).
L'OCDE estime, quant à elle, que les taux directeurs sont légèrement trop faibles.
On le voit aujourd'hui avec une inflation qui a augmenté en un an de 2,6% (donc plus que la règle des 2%). Cela est dû à l'augmentation du prix de l'énergie et de l'alimentation. Cette augmentation de l'inflation est donc un argument pour augmenter les taux directeurs de la BCE... mais dans le même temps, l'économie de la zone euro ralentit. Une nouvelle augmentation des taux ferait comme une boule de neige, et affecterait d'autant plus la croissance de l'Union.
Enfin, il faut noter que la politique monétaire de la BCE est en contradiction avec la la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine (la Fed), car l'Union et les USA ont eux aussi une situation économique différente (politiques non-coopératives). La Fed a aujourd'hui tendance à diminuer ses taux directeurs, car il y aurait des risques pour la croissance américaine. Mais comme la BCE a, elle, des taux élevés, cela attirerait des capitaux financiers (les fameux capitaux flottants) ce qui entrainerait un euro d'autant plus fort, et ce qui étoufferait donc la croissance.
La BCE, en agissant légèrement sur les taux directeurs, peut agir fortement sur l'économie de l'Union. Un petit pas pour la BCE est un grand bond pour l'UE. Elle a d'autant plus de poids que des facteurs autres que l'inflation peuvent plomber la croissance. Le prix du baril de pétrole (qui approche les 100 dollars), la crise immobilière, et l'euro fort forment ce qu'un économiste a appelé "la triple poisse" pour la croissance.
L'année prochaine la BCE aura 10 ans. Elle doit aujourd'hui faire face à un problème de légitimité, certains remettant en cause son indépendance; elle doit faire face à une inflation qui tend à augmenter (2,6%) et en même temps de prendre en considération la croissance fragile de l'Union et la conjoncture internationale (notamment celle des USA)... même si ce n'est pas son rôle premier.
Un poète belge a dit un jour "l'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas de compte en banque". La BCE c'est un peu la même chose : on n'y comprend pas grand chose tant qu'on n'a l'impression que ça ne nous touche pas nous spécialement. Mais quand on voit que notre économie dépend en partie d'elle, là on se pose des questions. Comme quoi... les Belges, à part de bonnes blagues, disent aussi des choses qui font réfléchir...
/Toto/
La première controverse au sujet de la BCE touche à son indépendance vis à vis des pays membres de l'Union (et touche donc à sa légitimité). En effet, pour caricaturer, la BCE a les yeux rivés sur l'inflation et ne doit se soucier ni des conséquences liée à une certaine inflation ni aux revendications des pays membres pour influencer la politique de la BCE. L'indépendance de la BCE a du bon et peut aussi avoir du mauvais. Certains sont donc pour cette indépendance, d'autres contre.
Ceux qui sont pour nous expliquent que l'indépendance empêche les gouvernements de pratiquer des mesures monétaires électoralistes (donc populistes). Par exemple, un gouvernement va pratiquer une politique de rigueur en début de mandat et de relance en fin de mandat pour que le ménage ait une illusion de croissance. On comprend bien que cette alternance rigueur/relance sur une période courte (5 ans si on se place en France) rend l'économie plus instable.
Une deuxième raison de l'indépendance de la BCE est que ses pays membres ne sont pas dans des situation économiques identiques : ils n'ont par conséquent pas les même souhaits de politique monétaire (ainsi l'un voudra diminuer les taux d'intérêt pour augmenter la consommation, tandis que l'autre voudra augmenter les taux d'intérêt pour limiter l'inflation). Le "droit d'influencer" la politique monétaire de la BCE aurait donc au final des effets contre-productifs au niveau global de l'Union.
A l'inverse, ceux qui sont contre l'indépendance de la BCE ont eux aussi des arguments tout à fait crédibles : cela prive en effet le manoeuvres économiques pouvant réduire le chômage, ou encore la BCE se préoccupe uniquement de la lutte contre l'inflation, et non pas de la croissance économique et du chômage. De plus, certains économistes monétaristes comme Milton Friedman, sont contre l'indépendance car elle n'empêchera pas la BCE de faire des politiques inflationnistes (donc en clair, pour les monétaristes, ce n'est pas parce-que la BCE est indépendante que le problème de l'inflation sera forcément réglé).
Mais existe-t-il une "inflation idéale", qui pourrait convenir à tout le monde et qui ne serait pas au détriment de la croissance? Chacun cherche encore aujourd'hui la pierre philosophale.
Certains économistes reprochent à la BCE des taux trop élevés, ce qui entraine une apréciation de la monnaie. Cette apréciation rend les exportations d'autant plus difficiles, d'où une baisse de la compétitivité. C'est le cas de la France en particulier; c'est d'ailleurs pour cette raison que Nicolas Sarkozy s'en prend depuis quelques temps à la BCE et à ses taux de change trop élevés.
Mais il ne faut pas oublier que les pays membres n'ont pas tous la même situation économique. Ainsi certains pays reprochent au contraire à la BCE de pratiquer des taux directeurs trop faibles; c'est le cas de l'Irlande qui voit depuis quelques années une surchauffe de son économie grâce à un crédit facilité (la consommation augmente mais pas forcément l'offre, d'où surchauffe).
L'OCDE estime, quant à elle, que les taux directeurs sont légèrement trop faibles.
On le voit aujourd'hui avec une inflation qui a augmenté en un an de 2,6% (donc plus que la règle des 2%). Cela est dû à l'augmentation du prix de l'énergie et de l'alimentation. Cette augmentation de l'inflation est donc un argument pour augmenter les taux directeurs de la BCE... mais dans le même temps, l'économie de la zone euro ralentit. Une nouvelle augmentation des taux ferait comme une boule de neige, et affecterait d'autant plus la croissance de l'Union.
Enfin, il faut noter que la politique monétaire de la BCE est en contradiction avec la la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine (la Fed), car l'Union et les USA ont eux aussi une situation économique différente (politiques non-coopératives). La Fed a aujourd'hui tendance à diminuer ses taux directeurs, car il y aurait des risques pour la croissance américaine. Mais comme la BCE a, elle, des taux élevés, cela attirerait des capitaux financiers (les fameux capitaux flottants) ce qui entrainerait un euro d'autant plus fort, et ce qui étoufferait donc la croissance.
La BCE, en agissant légèrement sur les taux directeurs, peut agir fortement sur l'économie de l'Union. Un petit pas pour la BCE est un grand bond pour l'UE. Elle a d'autant plus de poids que des facteurs autres que l'inflation peuvent plomber la croissance. Le prix du baril de pétrole (qui approche les 100 dollars), la crise immobilière, et l'euro fort forment ce qu'un économiste a appelé "la triple poisse" pour la croissance.
L'année prochaine la BCE aura 10 ans. Elle doit aujourd'hui faire face à un problème de légitimité, certains remettant en cause son indépendance; elle doit faire face à une inflation qui tend à augmenter (2,6%) et en même temps de prendre en considération la croissance fragile de l'Union et la conjoncture internationale (notamment celle des USA)... même si ce n'est pas son rôle premier.
Un poète belge a dit un jour "l'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas de compte en banque". La BCE c'est un peu la même chose : on n'y comprend pas grand chose tant qu'on n'a l'impression que ça ne nous touche pas nous spécialement. Mais quand on voit que notre économie dépend en partie d'elle, là on se pose des questions. Comme quoi... les Belges, à part de bonnes blagues, disent aussi des choses qui font réfléchir...
/Toto/


