La BCE et ses limites (n°2)

La BCE et ses limites (n°2)
Après un premier article sur le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne, nous allons voir ici les limites et les grands enjeux auxquels elle devra répondre. Rappelons néanmoins que l'objectif premier de la BCE est la stabilité des prix, autrement dit une inflation "proche de 2%".

La première controverse au sujet de la BCE touche à son indépendance vis à vis des pays membres de l'Union (et touche donc à sa légitimité). En effet, pour caricaturer, la BCE a les yeux rivés sur l'inflation et ne doit se soucier ni des conséquences liée à une certaine inflation ni aux revendications des pays membres pour influencer la politique de la BCE. L'indépendance de la BCE a du bon et peut aussi avoir du mauvais. Certains sont donc pour cette indépendance, d'autres contre.
Ceux qui sont pour nous expliquent que l'indépendance empêche les gouvernements de pratiquer des mesures monétaires électoralistes (donc populistes). Par exemple, un gouvernement va pratiquer une politique de rigueur en début de mandat et de relance en fin de mandat pour que le ménage ait une illusion de croissance. On comprend bien que cette alternance rigueur/relance sur une période courte (5 ans si on se place en France) rend l'économie plus instable.
Une deuxième raison de l'indépendance de la BCE est que ses pays membres ne sont pas dans des situation économiques identiques : ils n'ont par conséquent pas les même souhaits de politique monétaire (ainsi l'un voudra diminuer les taux d'intérêt pour augmenter la consommation, tandis que l'autre voudra augmenter les taux d'intérêt pour limiter l'inflation). Le "droit d'influencer" la politique monétaire de la BCE aurait donc au final des effets contre-productifs au niveau global de l'Union.
A l'inverse, ceux qui sont contre l'indépendance de la BCE ont eux aussi des arguments tout à fait crédibles : cela prive en effet le manoeuvres économiques pouvant réduire le chômage, ou encore la BCE se préoccupe uniquement de la lutte contre l'inflation, et non pas de la croissance économique et du chômage. De plus, certains économistes monétaristes comme Milton Friedman, sont contre l'indépendance car elle n'empêchera pas la BCE de faire des politiques inflationnistes (donc en clair, pour les monétaristes, ce n'est pas parce-que la BCE est indépendante que le problème de l'inflation sera forcément réglé).

Mais existe-t-il une "inflation idéale", qui pourrait convenir à tout le monde et qui ne serait pas au détriment de la croissance? Chacun cherche encore aujourd'hui la pierre philosophale.
Certains économistes reprochent à la BCE des taux trop élevés, ce qui entraine une apréciation de la monnaie. Cette apréciation rend les exportations d'autant plus difficiles, d'où une baisse de la compétitivité. C'est le cas de la France en particulier; c'est d'ailleurs pour cette raison que Nicolas Sarkozy s'en prend depuis quelques temps à la BCE et à ses taux de change trop élevés.
Mais il ne faut pas oublier que les pays membres n'ont pas tous la même situation économique. Ainsi certains pays reprochent au contraire à la BCE de pratiquer des taux directeurs trop faibles; c'est le cas de l'Irlande qui voit depuis quelques années une surchauffe de son économie grâce à un crédit facilité (la consommation augmente mais pas forcément l'offre, d'où surchauffe).
L'OCDE estime, quant à elle, que les taux directeurs sont légèrement trop faibles.
On le voit aujourd'hui avec une inflation qui a augmenté en un an de 2,6% (donc plus que la règle des 2%). Cela est dû à l'augmentation du prix de l'énergie et de l'alimentation. Cette augmentation de l'inflation est donc un argument pour augmenter les taux directeurs de la BCE... mais dans le même temps, l'économie de la zone euro ralentit. Une nouvelle augmentation des taux ferait comme une boule de neige, et affecterait d'autant plus la croissance de l'Union.
Enfin, il faut noter que la politique monétaire de la BCE est en contradiction avec la la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine (la Fed), car l'Union et les USA ont eux aussi une situation économique différente (politiques non-coopératives). La Fed a aujourd'hui tendance à diminuer ses taux directeurs, car il y aurait des risques pour la croissance américaine. Mais comme la BCE a, elle, des taux élevés, cela attirerait des capitaux financiers (les fameux capitaux flottants) ce qui entrainerait un euro d'autant plus fort, et ce qui étoufferait donc la croissance.

La BCE, en agissant légèrement sur les taux directeurs, peut agir fortement sur l'économie de l'Union. Un petit pas pour la BCE est un grand bond pour l'UE. Elle a d'autant plus de poids que des facteurs autres que l'inflation peuvent plomber la croissance. Le prix du baril de pétrole (qui approche les 100 dollars), la crise immobilière, et l'euro fort forment ce qu'un économiste a appelé "la triple poisse" pour la croissance.

L'année prochaine la BCE aura 10 ans. Elle doit aujourd'hui faire face à un problème de légitimité, certains remettant en cause son indépendance; elle doit faire face à une inflation qui tend à augmenter (2,6%) et en même temps de prendre en considération la croissance fragile de l'Union et la conjoncture internationale (notamment celle des USA)... même si ce n'est pas son rôle premier.
Un poète belge a dit un jour "l'économie mondiale demeure une notion abstraite aussi longtemps que l'on ne possède pas de compte en banque". La BCE c'est un peu la même chose : on n'y comprend pas grand chose tant qu'on n'a l'impression que ça ne nous touche pas nous spécialement. Mais quand on voit que notre économie dépend en partie d'elle, là on se pose des questions. Comme quoi... les Belges, à part de bonnes blagues, disent aussi des choses qui font réfléchir...

/Toto/

# Posté le dimanche 04 novembre 2007 08:37

Modifié le samedi 17 novembre 2007 13:08

L'Arche de Zoé, une opération qui a "mal tournée" ; 3 journalistes observateurs et non acteurs détenus au Tchad

L'Arche de Zoé, une opération qui a "mal tournée" ; 3 journalistes observateurs et non acteurs détenus au Tchad
Montesquieu disait << Il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire. >> Les militants de l'arche de Zoé, au bon fond, s'y sont certainement mal pris. Ils risquent maintenant 5 à 20 ans de travaux forcés au Tchad pour tentative d'enlèvement d'enfants et escroquerie. Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme et aux affaires étrangères, et plus que ça encore, symbole de la nouvelle génération Sarkozy, qualifie une opération de cette envergure comme illégale et irresponsable << On a alerté, prévenu, mis en garde, nous avons saisi la justice. Que pouvions nous faire de plus ? >> se défend-elle, elle qui avait été avertie, il y a 3 mois déjà, des futurs agissements de l'ONG. Idriss Déby Itno, président tchadien depuis 1990 (il en est à son 3ème mandat), parle quant à lui de vente d'organes et même de pédophilie. Une chose est sûre, Cécilia (Sarkozy ?) ne partira pas en mission cette fois pour libérer ces 9 Français dont 3 journalistes, inculpés pour enlèvement de mineurs, comme elle l'a fait pour les infirmières bulgares en Libye. Pendant ce temps là, Sarkozy tente de séduire les nationalistes en Corse : il a du boulot...

Alors, qu'est-ce que l'Arche de Zoé ? L'Arche de Zoé, c'est une association française fondée en 2004, qui était d'abord destinée à venir en aide aux enfants terrassés par le Tsunami d'Asie du sud. Action, qu'elle a décidée d'étendre cette année jusqu'en Afrique et plus particulièrement au Darfour avec l'opération Children Rescue. Rappelons que le conflit du Darfour a fait plusieurs centaines de milliers de victimes, et qu'une masse de déshérités a dû se réfugier au Tchad ou au Centre-Afrique (nous en reparlerons dans un article à venir). Les membres de l'association sont accusés d'avoir tenté d' enlever, contre le gré de leurs parents (donc ils ne seraient pas orphelins) 103 enfants tchadiens, âgés de 1 à 8 ans.

Donc comme on vient de le voir, l'opération Children Rescue a mal tourné, et 3 journalistes sont inculpés parmi les 9 Français : Marc Garmirian, reporter renommé chez Capa, Jean-Daniel Guillou, photographe chez Synchro X et Marie-Agnès Peleran, de France 3 Marseille. Hervé Chabalier, patron de Capa est choqué << C'est quand même extraordinaire d'être obligé de rappeler des évidences. Les reporters sont souvent témoins d'activités illicites, cela fait partie de leur mission. S'ils n'avaient pas le droit de les raconter, ni même d'être présents, beaucoup de scandales ne seraient jamais dénoncés >> Et puis à ce moment là, on peut dire que celui qui a filmé les tours jumelles du WTC en feu est un terroriste pendant qu'on y est. D'autant plus que Marc Garmirian est très critique vis-à-vis de l'ONG, et a, d'après Le Monde, << posé des questions incisives et sans complaisance à un membre de l'équipe, et l'a poussé à reconnaître qu'il n'est pas certain que tous les enfants soient orphelins, ni même d'origine du Darfour. >> Alors pourquoi sont-ils inculpés, placés en détention provisoire, et donc mis dans le même sac ? Petit problème pour une des journaliste, Marie-Agnès Peleran. D'après France 3 Marseille, elle était en congé humanitaire de solidarité. Alors, militante de l'Arche de Zoé, ou journaliste à ses fonctions ? C'est quelque peu délicat.

Sarkozy parle de sensibilisation de Idriss Deby Itno à la présomption d'innocence, mais l'affaire a l'air de lui passer au-dessus de la tête, à Ajaccio. François Hollande et le parti socialiste sont donc très critiques à l'égard de l'inertie du gouvernement, qui laisse les autorités tchadiennes s'occuper de l'affaire.

Christophe Letien, fondateur avec Eric Breteau de l'association, et donc président provisoire puisque son homologue est détenu avec les 9 autres Français par les autorités tchadiennes, parle d'accusations à tort << Nous n'avons jamais eu l'intention de heurter le peuple tchadien. Ces accusations de pédophilie et de trafic d'organes sont grotesques. >> s'offusque-il. En effet, si vous étiez membre d'une organisation pédophile, proposeriez-vous à des journalistes, et de surcroît reconnus, de vous suivre pendant l' opération ? Il y a quelque chose qui ne tient pas.

En attendant, plusieurs centaines de Tchadiens manifestent dans les rues de N'Djamena, la capitale, et parlent d'une << France complice >>. Ils veulent clairement tuer nos amis les vendeurs d'organes...

/Flo/

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 08:01

Modifié le samedi 29 décembre 2007 08:00

La BCE et son fonctionnement (n°1)

La BCE et son fonctionnement (n°1)
Notre Président est faché depuis quelques semaines avec la BCE. Avant de comprendre ce qu'il lui reproche, il est important de comprendre ce qui fonde la BCE, son fonctionnement, et le jargon que l'on peut lire dans les journaux à son sujet.
La BCE est la Banque Centrale Européenne (cela ne coûte rien de le rappeler). Elle a été mise en place avec le Système Européen de Banques Centrales (SEBC) le 1er juin 1998. Le SEBC rassemble à la fois la BCE, et à la fois les Banques Nationales (on parle de Banques Centrales Nationales mais ça risquerait d'embrouiller encore plus). le SEBC rassemble donc toutes les banques nationales des Etats membres de l'Union Européenne (avec ou sans euro) + la BCE.
On peut aussi lire dans la presse le terme de Eurosystème. L'Eurosystème est pareil que le SEBC... mais en légèrement différent. Il rassemble en effet les banques nationales + la BCE... mais uniquement des pays ayant adopté l'euro. Cela m'amène à un dernier terme, celui de zone euro. La zone euro est l'ensemble des pays ayant adopté l'euro.
Donc pour conclure avec tous ces termes, si vous m'avez suivi : Eurosystème = BCE + Banques Nationales des pays de la zone euro.
L'Union Européenne est pour les Européens une vague institution, trop complexe qui la rend vague. Vous comprenez pourquoi en lisant ça j'imagine!

Revenons-en à notre BCE.
En janvier 1999, 11 pays de l'UE décident de créer la zone euro (donc qu'ils aient chacun l'Euro comme monnaie unique). Concrètement, qu'est-ce que signie adopter l'Euro?
Les Banques Nationales transfèrent à la BCE leur pouvoir monétaire. Ce ne sont donc plus elles qui décideront des taux d'intérêts entre autres. Certains y voient une perte de souveraineté nationale, mais ce débat sera traité dans un autre article.
L'euro et la zone euro a donc permis entre autres de "donner les clés de la régulation de la monnaie" à la BCE, puisque c'est elle, en toute puissance, qui va réguler le marché monétaire par les taux d'intérêt. Pour être plus précis, on ne parle pas de taux d'intérêt pour la BCE, mais de taux directeurs ou taux d'intervention.

Voyons à présent les objectifs de la BCE et les moyens de les atteindre.
Le Traité de la Communauté Européenne est on ne peut plus clair :"l'objectif principal du SEBC [comprenez de l'Union Européenne] est de maintenir la stabilité des prix".
Le moyen d'y atteindr est de contrôler l'inflation (pour éviter la hausse des prix). La BCE se fixe une inflation "au dessous, mais proche de 2 %, sur le moyen terme".
Comment maintenir cette inflation? Par le levier des taux directeurs (=taux d'intérêt).

Pour bien comprendre comment "tout s'enchaine", je vais prendre un exemple :
Moi, /Toto/, ai reçu ma paye, et décide de m'acheter une nouvelle voiture (histoire d'avoir un certain prestige social). Je vais donc voir mon banquier à la LCL, et fait un emprûnt.
Mon banquier crédite donc sur mon compte 20 000¤ que je devrais rembourser à un taux de 5%.
Or on le sait bien, l'argent ne tombe pas du ciel... même pour un banquier. Il va donc, lui même emprûnter à la BCE. La BCE lui fixe un taux de 4%, c'est pourquoi il me fait à moi un taux de 5% (pour avoir une marge et ainsi faire du profit comme doit le faire toute entreprise).
Vous comprenez donc que si la BCE avait monté son taux directeur à 7% pour les banques, alors ma LCL ne m'aurait pas fait un taux de 5% mais peyut-être de 8%, pour qu'elle ait toujours un peu de profit. Mais peut-être que moi, à 8%, je n'aurai pas été capable de rembourser après mon emprûnt. J'aurai donc décliné l'offre et préféré ne pas acheter de voiture.

Ce petit exemple nous montre comment la BCE réussit à agir, via ses taux directeurs, sur la consommation des ménages. Lorsque les taux sont faibles (que ce soit de la LCL ou de la BCE dans mon exemple), alors les agents économiques n'hésitent pas à emprûnter (puisque le coût de l'emprûnt est moins cher et qu'ils pourront donc rembourser avec plus de facilité). Ils vont donc davantage investir et consommer avec cet argent emprûnté, et le risque est une surchauffe du système, l'offre ne pouvant suivre cette demande. Il s'exerce alors une pression de la demande sur l'offre, qui engendre de l'inflation.
La BCE, via les taux directeurs, agit donc sur l'inflation. Or comme son objectif premier est de maintenir la stabilité des prix, elle est donc tentée de mettre des taux élevés, pour diminuer le plus possible l'inflation.... au risque de trop diminuer la consommation... ce qui risquerait de faire plus de mal que de bien.

On comprend donc bien que d'une part, en économie, agir sur un levier engendre des conséquences parfois importantes; d'autre part, la BCE aujourd'hui est contestée, et elle l'est d'autant plus qu'elle a une incidence sur nos propres comportements de consommateurs.
On se demande ainsi si il faut vraiment se focaliser sur l'inflation, en limitant la consommation, la croissance et l'emploi? Ou encore l'euro a-t-il besoin d'être aussi fort?
Toujours est-il que l'on remarque que la BCE est moins "lointaine" qu'on pourrait le penser, et que voir notre Président s'agiter contre la BCE n'est peut-etre pas la meilleure façon de le faire (chacun est libre de juger de son propre chef) mais il y a surement des raisons derrière cette agitation. Nous venons ici d'en voir une (la trop forte concentration sur l'inflation plombe peut-être notre consommation).

/Toto/

# Posté le mardi 30 octobre 2007 07:50

Modifié le dimanche 04 novembre 2007 08:38

La flambée du prix du pétrole ; Le G7, moins indulgent sur la faiblesse du yuan

La flambée du prix du pétrole ; Le G7, moins indulgent sur la faiblesse du yuan
Aïe ! Le prix du pétrole a atteint les 90,02 dollars la semaine dernière à New York. On se rapproche inévitablement du record historique d'avril 1980, où le baril avait plafonné à 101.7 dollars en monnaie constante (donc en tenant compte de l'inflation) sous les effets du second choc pétrolier.

Petite mise en contexte : l'OPEP, pays de l'organisation des exportateurs de pétrole, détient 60 % des réserves mondiales de pétrole. Ayant pris conscience que l'économie dépendait essentiellement de l'or noir, ces pays (principalement au Moyen-Orient : L'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, la Libye et j'en passe) se sont regroupés dans les années 1960 dans le but de défendre leurs intérêts. On peut parler de cartel, puisque l'entente porte sur les prix et sur les quantités à vendre. En effet, le marché du pétrole est un oligopole, puisqu'il y a quelque vendeur pour une multitude d'acheteurs. Ainsi, les pays pétroliers avaient 2 solutions : soit la "guerre" : chaque pays va essayer de capter le maximum de clientèle pour tailler dans le profit du concurrent, soit la "paix", donc une entente sur les prix. Ils ont choisi la "paix" et ils ont bien eu raison, même si c'est nous, pays occidentaux, qui ne disposons pas de l'énergie dominante, qui en payons le prix.

Donc vous avez compris, les pays de l'OPEP vont augmenter les prix de la roche liquide carbonée (je vais bientôt être à cour de périphrase pour désigner le pétrole). Leur prétexte ? L'instabilité mondiale. Leur vraie raison ? Une protestation contre les prix bas, pression d'autant plus forte que ces ressources énergétiques sont épuisables.

En 1973, au moment du premier choc pétrolier, le prix du baril brut est passé de 3 à plus de 10 dollars. Pourquoi ? Les Etats-Unis soutenaient Israël pendant la guerre du Kippour. Les pays arabes membres de l'OPEP se sont alors réunis pour s'entendre sur une augmentation du prix du baril. En 1979, la révolution iranienne a éclaté, et des chefs religieux dirigés par l'ayatollah Khomeyni ont pris le pouvoir. Le futur dictateur déchu Saddam Hussein, alors président de l'Irak nationaliste, a donc profité du désordre interne iranien, pour reconquérir des parties de son territoire. L'Iran n'exporte plus, autrement dit, les prix vont augmenté. Conjuguons à cela la première guerre d'Afghanistan, et on obtient le deuxième choc pétrolier.

Mais aujourd'hui, les facteurs de la flambée des prix du pétrole sont plus complexes. François Lescaroux, économiste spécialisé dans le marché pétrolier nous les expose << La demande chinoise et des pays émergents en général ne ralentit pas. Et il suffit d'un gain de tension en Iran ou entre la Turquie et l'Irak pour que le cours s'envole. >> En effet, la demande soutenue des pays comme la Chine augmente la pression exercée par la demande sur l'offre. Sans oublier que les pays producteurs consomment eux même une part grandissante de leur production. L'insuffisance de l'offre par rapport a la demande est donc aussi un facteur de l'augmentation du prix du baril, même si, selon une étude, les pays de l'OPEP produiraient une moyenne de 500 000 barils quotidiennement. Enfin, après la guerre en Irak, d'autres tensions persistent, avec le conflit sur le nucléaire iranien (voir l'article posté le dimanche 23 septembre 2007) ou encore l'invasion militaire turque dans le Kurdistan irakien (nous reparlerons de cette "chasse aux rebelles" du PKK réfugiés au nord de l'Irak dans la région d'Hakkari, région soit dit en passant très riche en pétrole, dans un article ultérieur).

Quelles sont alors les conséquences de l'envolée du prix du pétrole ? Outre les tendances inflationnistes (par exemple, le prix du pétrole augmente, donc le prix du plastique augmente), le dollar se dévalue. Et c'est d'autant plus embêtant que la devise européenne enregistre des records avec 1,4389 dollars. Et tant que le prix du billet vert baissera, le prix de l'or noir s'élèvera.

En passant, les Etats-Unis et l'Europe, réunis à Washington par les ministres des finances du G7 le 19 octobre, ont fait preuve de plus de fermeté à l'égard la Chine à la monnaie délibérément faible.
<< Au vu du gonflement de l'excédent de sa balance des paiements, nous la pressons de permettre une appréciation accélérée de son taux de change réel >> ont-ils indiqué dans le rapport. Cependant, Wu Xiaoling, gouverneur adjointe de la Banque populaire de Chine et de la banque centrale du pays, leur a répondu de manière insouciante que la Chine réformera son système de change de façon contrôlée, mais de sa propre initiative. Autrement dit, on n'a pas fini d'entendre parler des tensions de la bataille du yuan. En effet, la faiblesse du yuan est très mauvais pour notre compétitivité. Alors, vous me direz, mais pourquoi l'Europe n'a rien demandé sur la faiblesse du dollar, qui pourtant, met à mal la compétitivité de nos entreprises ? Peut-être finalement parce qu'un euro fort, ça avantage l'Allemagne...

Autre message lancé par les ministres des finances du G7 il y a 10 jours : Il faut rester optimiste quant à la croissance mondiale, et surtout ne pas baisser les bras face au prix du pétrole de plus en plus élevé, et la crise des crédits immobiliers. Amusant non, quand on voit que le FMI est passé de 5.2 à 4.75 % dans ses prévisions sur la croissance mondiale pour cette année.

En attendant, la question n'est plus de savoir si le baril de pétrole atteindra un jour ou non les 100 dollars, mais plutôt quand...

/Flo/

# Posté le lundi 29 octobre 2007 09:53

Modifié le samedi 29 décembre 2007 07:57

Les législatives en Pologne ; Donald Tusk et le parti libéral ; Les frères Kaczynski

Les législatives en Pologne ; Donald Tusk et le parti libéral ; Les frères Kaczynski
La Pologne de tradition catholique, celle qui a porté le pape Jean-Paul II en 1978, a participé à la dislocation du communisme. Donald Tusk, leader du parti Plate-forme civique (PO), qui sort vainqueur des législatives avec 40 % des voix, de ce dimanche, s'inscrit dans ce mouvement, puisqu'il est un libéral convaincu, et donc, l'un ne va pas sans l'autre, anti-communiste. Ce libéralisme, il l'a expérimenté au début des années 80, et accrochez-vous bien, ..., sous le communisme. << Nous avions fondé ensemble notre propre entreprise de peinture, Swietlik. Nous peignons des cheminées d'usine, des tours, des poteaux. Les contrats étaient choisis en fonction de leur rentabilité, nous gagnions pas mal d'argent. Nous étions l'économie de marché en plein communisme >> s'amuse un ami de Donald Tusk.

Penchons nous de plus près sur ces législatives anticipées du 21 octobre. Au coude à coude, on avait les frères jumeaux Kaczynski, au pouvoir depuis 2005 avec leur parti Droit et Justice (PiS, droite conservatrice), et donc la droite libérale de Donald Tusk. Vous avez compris : ce de quoi la Pologne était au moins sûr, c'est qu'elle resterait à droite.

Cependant, le clivage n'est pas des moindres entre libéraux et conservateurs. Leurs divergences ? La politique extérieure, et plus précisément la question européenne. Les libéraux proeuropéens reprochent aux conservateurs de PiS, de refuser les règles de l'union européenne, tout en lui réclamant de l'argent. D'ailleurs, vous avez dû entendre parler de la charte des droits fondamentaux. Pour faire simple, se sont réunis le 18 octobre à Lisbonne les chefs d'Etat pour se mettre d'accord sur un nouveau traité institutionnel, traité qui par ailleurs est indigeste et illisible du commun des mortels. Or, la Pologne des Kaczynski y était bien évidemment hostile puisque antieuropéenne. Mais maintenant que le parti libéral est au pouvoir, la Pologne va devoir adhérer à ce nouveau traité. << Ce sera un gouvernement de modernité et de participation très active dans l'Union européenne. >> a communiqué Donald Tusk. Ajoutons que la Pologne est bien parti pour rejoindre la zone euro, mais ça sera pas avant 2013.

Mais sur la politique extérieure, il n'y a pas que pour la question européenne qu'il y a désaccord entre PO et PiS. Les frères Kaczynski voulaient prolonger jusqu'en 2008 la mission polonaise en Irak. Ce qui leur avait valu un attentat à Bagdad contre l'ambassade de Pologne. Tusk, lui, veut retirer les troupes polonaises d'Irak le plus rapidement possible. Il en fait sa priorité.

Le 12 octobre, il y avait eu un débat télévisé entre les leaders des 2 partis. Petite parenthèse, 10 millions de téléspectateurs ont suivi le débat. Il y a même eu plus d'audience pour ce dernier que pour le "Plus belle la vie" local << A comme amour >>, diffusé à la même heure, c'est pour dire ! Le PiS se targuait de représenter les "gens ordinaires" et valorisait sa politique sur la croissance, qui a atteint les 6 % sous le pouvoir Kaczynski. Tusk lui a balancé << Depuis que vous gouvernez, près de 2 millions de Polonais ont choisi le libéralisme économique. Malheureusement pas chez nous, mais en Irlande, en Ecosse, ou aux Etats-Unis. >> Le lendemain déjà, le PO était à la tête des sondages.

Finalement, leur seule entente, c'était sur la lutte contre la corruption. Tusk maintient d'ailleurs la fameuse police anticorruption instaurée par les Kaczynski il y a maintenant plus d'un an.

Certains disent que ces législatives avaient surtout les allures d'un plébiscite, voir d'un référendum pour ou contre les Kaczynski, et que Tusk a bénéficié des voix anti-Kaczynski. Chacun interprète comme il veut les résultats.

En attendant, les frères Kaczynski sont une "proie facile" pour les humoristes polonais, qui ont lancé récemment : Pourquoi les Français doivent-ils s'estimer heureux d'avoir Sarkozy? parce qu'il n'a pas de frère jumeau.

Sur ce, merci pour vos commentaires, c'est un vrai plaisir que de voir que certains s'intéressent à ce qu'on fait, alors n'hésitez pas à nous poser des questions où encore exprimer vos désaccords, c'est avec la critique qu'on se construit !

/Flo/

# Posté le mardi 23 octobre 2007 15:23

Modifié le samedi 29 décembre 2007 07:56