Chaque jour depuis quelques mois, on entend parler d'un euro qui grimpe toujours plus, et un baril de pétrole qui semble ne jamais cesser lui non plus. Mais en dessous de ces chiffres, pourquoi tant de monde s'alarme d'une telle flambée des prix et quelles conséquences cela a-t-il au niveau macroéconomique?
D'abord, rappelons brièvement pourquoi l'euro et le dollar s'aprécient :
-l'euro s'aprécie à cause/grâce (suivant les points de vue) aux taux d'intérêt qui sont plus avantageux de ce côté de l'Atlantique que de l'autre. Les USA ne souhaitent pas en effet une montée du dollar qui aggraverait leur déficit de compétitivité et à fortiori commercial à l'égard de leurs concurrents asiatiques. Pour pratiquer ce dollar faible, la Fed utilise des taux d'intérêt faibles. Les spéculateurs et leurs capitaux flottants vont donc se tourner vers l'euro, plus rémunérateur. L'euro s'aprécie aussi car la balance commerciale au niveau européen est largement excédentaire (merci l'Allemagne), et aussi parce-que l'Europe attire toujours un bon nombre d'investissements directs. Ainsi l'euro s'approche (dangereusement?) des 1,50 dollars.
-le baril, quant à lui, s'aprécie car maintenant tout le monde le sait : la ressource se raréfie. Or dans une économie mondiale fonctionnant sur le marché, la loi de l'offre et de la demande est reine : moins de pétrole disponible et plus de demande (tirée par les pays émergents) donne un baril plus cher. On peut aussi ajouter la baisse du dollar par rapport aux autres devises (le pétrole étant payé en dollar, les pays ayant d'autres monnaies le paient moins cher; ils sont donc prêt à payer un peu plus). On peut aussi expliquer cette hausse du baril par les tensions diplomatiques entre la Turquie et l'Irak (qui possède une partie des gisements), ou enfin l'Opep qui a décidé de ne pas fournir au-delà de 500 000 barils/jour d'ici novembre (donc qui diminue d'autant plus l'offre).
Maintenant que l'on comprend pourquoi le baril et l'euro sont si chers, essayons de comprendre pourquoi est-ce que cela pose un réel problème pour notre économie :
-d'abord, cela peut paraître évident pour certains, mais précisons tout de même que le pétrole, on ne le fait pas nous-même, mais on l'importe. Or si le prix du pétrole augmente, le prix des importations augmente d'autant plus. Et c'est bien là un des problèmes : le prix de nos importations augmente, mais pas celui de nos exportations. D'une part parce-que (contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne), nos produits sont moins spécifiques, moins inovants. D'autre part parce-que l'euro fort (et oui toujours là celui-là) nous rend moins compétitifs : nos acheteurs préfèrent se tourner là où le produit est moins cher. La balance commerciale française est donc largement déficitaire (près de 28 milliards d'euros en 2006). Et concrètement, pourquoi une balance commerciale déficitaire a de quoi alarmer? Parce-que cela signifie que la France vit au dessus de ses moyens, puisque s'endettant toujours davantage.
-ensuite une hausse des prix diminue presque "mécaniquement" le pouvoir d'achat des ménages, qui consomment donc moins voire préfèrent épargner (motif de précaution). Les entreprises produisent alors moins, embauchent moins (voire licencient), et on tombe dans un cercle vicieux. De plus, la baisse de la consommation est d'autant plus un problème que la consommation est en France le principal moteur de l'économie. Donc si la consommation baisse, la croissance baisse de même.
-enfin, l'euro a un impact direct sur les grands industriels et grands groupes français. En effet, un euro qui augmente, en ce moment, signifie des exportations qui diminuent, et donc des pertes. Un chiffre qui peut aider à comprendre l'importance de la valeur de l'euro sur la contrainte extérieure est tiré du bilan d'EADS : aujourd'hui, lorsque l'euro s'aprécie de 10 centimes, EADS en perd 1 milliard... Ca laisse à réfléchir il faut l'avouer! De même, on a beaucoup parlé du plan "power 8", qui (à travers les licenciements) permettait de faire 5 milliards d'économies. Or ce plan a été basé sur la base d'un taux de change à 1,35 dollars pour 1 euro. Or aujourd'hui, l'euro vaut près de 1,50 dollars; c'est donc d'autant moins d'économies pour le groupe... et un risque d'autant plus grand de licencier encore plus pour rééquilibrer les comptes.
On la bien compris, pour la France, la flambée du baril et la hausse de l'euro affaiblissent la compétitivité, le moral des agents, et le solde de la balance commerciale. De plus, des visions inflationnistes semblent se dessiner à l'horizon. On serait tenté de dire "mais que fait l'Europe et la BCE? Il suffit de baisser les taux et hop l'euro retourne là où il doit être". Mais cela n'est pas si simple, d'une part parce que les taux d'intérêt ne font pas tout (comme nous l'avons montré) et d'autre part parce-que en admettant que la BCE baisse ses taux, l'euro pourrait peut-être baisser (pas sûr), mais cela engendrerait "mécaniquement" une hausse de l'inflation, les agents ayant plus facilement accès au crédit. Et cela est contre la mission de la BCE.
Aujourd'hui, la BCE reste sur ses positions avec des taux forts. Mais tout va très vite en économie, et rien ne nous dit qu'elle ne changera pas prochainement de politique en faveur de la croissance. Mais en tout cas, pour demain, comme le dit notre ministre de l'économie, "sortez vos vélos".
/Toto/