Une première depuis 5 ans. Ce premier mai, c'est côte à côte à la tête du cortège, que Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, et François Chérèque, son homologue de la CFDT, ont fait cause commune et battu le pavé parisien au rythme des revendications du moment : salaires, emploi, retraite, santé, mais aussi régularisation des travailleurs sans-papiers. Les propositions du ministre du travail au sujet de l'épineuse réforme des régimes spéciaux de retraite, montrent, et il ne faut pas se leurrer, qu'il n'en demeure pas moins des désaccords ostensiblement exprimés entre les associations de travailleurs. Par exemple, la CGT et FO s'opposent catégoriquement, par principe, aux 41 annuités de cotisation pour pouvoir bénéficier d'une pension de retraite à taux plein, tandis que la CFDT y est favorable, sous condition tout de même que ces dernières soient différées tant qu'un projet de loi, notamment un système de bonus malus sous forme de pénalité financière, pour faire pression et inciter les entreprises à embaucher des seniors, ne sera pas mis en pratique, d'où une durée majorée progressivement d'un trimestre par an jusqu'en 2012 évoquée par l' aigre-doux Xavier Bertrand.
Ce semblant d'unité affichée nous amène à nous interroger sur la crise de représentativité du syndicalisme.
Penchons-nous sur les causes économiques.
Historiquement, les grands bastions du syndicalisme se sont inscrits dans la société industrielle. La tertiarisation, quant à elle, n'est pas porteuse d'une culture syndicale. Avec son avènement, les ouvriers, forces vives du syndicalisme, sont en déclin.
Avec le développement de la précarité, le monde du travail est divisé. Or, le syndicalisme a besoin d'unité. En éclatant les statuts du monde du travail, en accélérant la segmentation du marché du travail, on éclate les mouvements collectifs. En effet, il n'est pas simple que de trouver un terrain commun réunissant les intérêts d'un contractuel et d'un agrégé par exemple.
La féminisation du travail rend l'engagement syndical, eu égard aux activités familiales, plus difficile << Si je me syndique, c'est autant de temps en moins que je passe à m'occuper des enfants. >>, même si cette conception sexiste de la répartition des tâches domestiques et familiales est en profonde mutation.
Le discours fédérateur et porteur des syndicats, à savoir de meilleures conditions de travail et une augmentation des salaires, peut perdre en crédibilité face à la montée du chômage. En effet, est-il sage et avisé que de réclamer des augmentations de salaires face une part conséquente de travailleurs sans emploi ? Ainsi, le développement du chômage peut constituer un frein, du moins une retenue, aux ardeurs revendicatrices des salariés.
Intéressons-nous maintenant aux causes sociales.
Avec la moyennisation de la société, l'individu perd une conscience de classe, se replie sur sa sphère privée et se désintéresse de la chose publique (voir article posté le mardi 04 mars).
L'individu individualiste qui résulte de l'égalisation des conditions, résonne en matière de coût et d'avantage. Ainsi, le paradoxe d'Olson met en évidence la théorie dite du passager clandestin, ou free rider, laquelle partant du principe que l'action collective est toujours plus rentable pour quelqu'un qui ne sait pas engagé mais qui profite des résultats obtenus. En effet, il est une stratégie qui consiste à profiter des acquis de l'action collective tout en laissant aux autres en assumer les préjudices.
Enfin, les syndicats n'en sont-ils pas la cause eux même ?
Avec le passage à une société post-industrielle, le mouvement social a changé de contenu. En effet, on observe une montée d'autres préoccupations, ces dernières étant axées sur l'autonomie des individus, la question de l'autorité, l'hédonisme, l'environnement, ou encore la démocratie. Elles débouchent sur des mouvements féministes, écologiques, régionalistes, antiracistes, altermondialistes, ou encore en faveur du droit au logement pour tous et des sans-papiers. Alain Touraine parlera de "nouveaux mouvements sociaux" pour désigner ces conflits propres à la modernité. Or, un syndicat est une association assurant l'organisation et la défense des salariés. Il est donc impuissant face aux nouvelles formes de conflits qui se développent, ces derniers sortant de la sphère du travail.
Pire, les syndicats ne s'adaptent pas face aux vraies attentes des salariés. Il y a un réel décalage entre l'appareil à la force de frappe nationale qu'ils prônent et les mutations socioculturelles qui privilégient l'engagement de proximité que l'on pourrait taxer de corporatiste.
Le tout sur fond d'une multiplicité des syndicats et de querelles d'appareil, qui nous conduisent à penser que le syndicaliste considère le salarié avec la même condescendance que le politique considère son électeur.
Paradoxalement, la crise du syndicalisme est susceptible de nuire à la fois aux salariés, qui perdent un contrepouvoir important pour la reconnaissance de leurs droits dans une économie qui voit les idées libérales se développer, mais aussi aux entreprises, dans le sens où des coordinations de jusqu'au-boutistes, qui ne sont pas rompus à l'"art de la négociation", prendront la place de médiateurs institutionnalisés, seront en définitif plus durs, à l'origine de mouvements "anarchiques" propices aux surenchères.
<< Camarades, camarades ! D'aucuns diront que le syndicalisme est à la société moderne ce que le mercurochrome est à la jambe de bois. A ceux là je dirai, rappelez vous l'essentiel : Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ! Le syndicalisme, c'est le contraire !" (Coluche) >>
/Flo/
Ce semblant d'unité affichée nous amène à nous interroger sur la crise de représentativité du syndicalisme.
Penchons-nous sur les causes économiques.
Historiquement, les grands bastions du syndicalisme se sont inscrits dans la société industrielle. La tertiarisation, quant à elle, n'est pas porteuse d'une culture syndicale. Avec son avènement, les ouvriers, forces vives du syndicalisme, sont en déclin.
Avec le développement de la précarité, le monde du travail est divisé. Or, le syndicalisme a besoin d'unité. En éclatant les statuts du monde du travail, en accélérant la segmentation du marché du travail, on éclate les mouvements collectifs. En effet, il n'est pas simple que de trouver un terrain commun réunissant les intérêts d'un contractuel et d'un agrégé par exemple.
La féminisation du travail rend l'engagement syndical, eu égard aux activités familiales, plus difficile << Si je me syndique, c'est autant de temps en moins que je passe à m'occuper des enfants. >>, même si cette conception sexiste de la répartition des tâches domestiques et familiales est en profonde mutation.
Le discours fédérateur et porteur des syndicats, à savoir de meilleures conditions de travail et une augmentation des salaires, peut perdre en crédibilité face à la montée du chômage. En effet, est-il sage et avisé que de réclamer des augmentations de salaires face une part conséquente de travailleurs sans emploi ? Ainsi, le développement du chômage peut constituer un frein, du moins une retenue, aux ardeurs revendicatrices des salariés.
Intéressons-nous maintenant aux causes sociales.
Avec la moyennisation de la société, l'individu perd une conscience de classe, se replie sur sa sphère privée et se désintéresse de la chose publique (voir article posté le mardi 04 mars).
L'individu individualiste qui résulte de l'égalisation des conditions, résonne en matière de coût et d'avantage. Ainsi, le paradoxe d'Olson met en évidence la théorie dite du passager clandestin, ou free rider, laquelle partant du principe que l'action collective est toujours plus rentable pour quelqu'un qui ne sait pas engagé mais qui profite des résultats obtenus. En effet, il est une stratégie qui consiste à profiter des acquis de l'action collective tout en laissant aux autres en assumer les préjudices.
Enfin, les syndicats n'en sont-ils pas la cause eux même ?
Avec le passage à une société post-industrielle, le mouvement social a changé de contenu. En effet, on observe une montée d'autres préoccupations, ces dernières étant axées sur l'autonomie des individus, la question de l'autorité, l'hédonisme, l'environnement, ou encore la démocratie. Elles débouchent sur des mouvements féministes, écologiques, régionalistes, antiracistes, altermondialistes, ou encore en faveur du droit au logement pour tous et des sans-papiers. Alain Touraine parlera de "nouveaux mouvements sociaux" pour désigner ces conflits propres à la modernité. Or, un syndicat est une association assurant l'organisation et la défense des salariés. Il est donc impuissant face aux nouvelles formes de conflits qui se développent, ces derniers sortant de la sphère du travail.
Pire, les syndicats ne s'adaptent pas face aux vraies attentes des salariés. Il y a un réel décalage entre l'appareil à la force de frappe nationale qu'ils prônent et les mutations socioculturelles qui privilégient l'engagement de proximité que l'on pourrait taxer de corporatiste.
Le tout sur fond d'une multiplicité des syndicats et de querelles d'appareil, qui nous conduisent à penser que le syndicaliste considère le salarié avec la même condescendance que le politique considère son électeur.
Paradoxalement, la crise du syndicalisme est susceptible de nuire à la fois aux salariés, qui perdent un contrepouvoir important pour la reconnaissance de leurs droits dans une économie qui voit les idées libérales se développer, mais aussi aux entreprises, dans le sens où des coordinations de jusqu'au-boutistes, qui ne sont pas rompus à l'"art de la négociation", prendront la place de médiateurs institutionnalisés, seront en définitif plus durs, à l'origine de mouvements "anarchiques" propices aux surenchères.
<< Camarades, camarades ! D'aucuns diront que le syndicalisme est à la société moderne ce que le mercurochrome est à la jambe de bois. A ceux là je dirai, rappelez vous l'essentiel : Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ! Le syndicalisme, c'est le contraire !" (Coluche) >>
/Flo/
