Remise en cause des moyens d'actions keynésiens dans une économie mondialisée à travers l'adoption d'une monnaie unique

Remise en cause des moyens d'actions keynésiens dans une économie mondialisée à travers l'adoption d'une monnaie unique
Avec la monnaie commune, on a perdu le contrôle national. On ne peut donc plus faire de la dévaluation.
La dévaluation est un des moyens d'action du levier monétaire, moyen d'action conjoncturel qui permettrait de faire de la croissance. Les autorités publiques décident de dévaluer la monnaie pour favoriser nos échanges, en fabriquant de la compétitivité de manière artificielle. La dévaluation peut être aussi contrainte et forcée, pour que les variations du "serpent monétaire" de la parité Franc/Deutsche mark par exemple ne pénalisent pas les échanges.
Il y a cependant des effets pervers à la dévaluation. En effet, en dévaluant de 8 %, nos importations, et plus particulièrement nos importations incompressibles, nous coûteraient 8% de plus, accentuant ainsi dans un premier temps le déficit de la balance commerciale (cf Courbe en J). Alors, pour éviter que la hausse des prix des importations aggrave l'inflation via l'indexation salariale engendrant une spirale prix-salaire, les salaires sont généralement bloqués. En effet, << Il faut éviter la spirale d'une hausse des prix entraînant une hausse des salaires suscitée par la hausse des prix, qui entraînera une nouvelle augmentation des prix, bouffant les salaires >> réagit Christian de Boissieu, président du Conseil d'Analyse Economique. Ce qui explique pourquoi une dévaluation s'accompagne régulièrement d'une politique de rigueur (on est bien loin des grands traits de la théorie keynésienne).
Enfin, l'impact d'une dévaluation peut être réduit par la compétivité hors-prix, autre critère décisif d'achat.

Empêcher que les pays s'endettent trop alors qu'ils partagent une monnaie commune. Tel est l'objectif qui justifie la mise en place du pacte de stabilité. Cette contrainte affectée au budget (un déficit budgétaire qui doit être inférieur à 3 % du PIB) semble justifiée au regard des effets indésirés et défavorables induits d'une politique budgétaire.
En effet, en prélevant de l'argent sur la place européenne, l'épargne existante se raréfie. Or, en réduisant la masse d'argent capable d'être prêtée, les taux d'intérêt, du fait de la loi de l'offre et de la demande, vont augmenter. Cette montée des taux, et donc des emprunts, pourrait être défavorable à la croissance.

Par conséquent, avec la monnaie unique, on a certes perdu 2 moyens d'actions keynésiens pour faire de la croissance : la dévaluation à travers le levier monétaire et l'arme budgétaire, mais ces outils auraient-ils été efficaces dans une économie mondialisée ?

/Flo/

# Posté le lundi 09 juin 2008 15:04

Modifié le mardi 10 juin 2008 05:16

Crise du syndicalisme

Crise du syndicalisme
Une première depuis 5 ans. Ce premier mai, c'est côte à côte à la tête du cortège, que Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, et François Chérèque, son homologue de la CFDT, ont fait cause commune et battu le pavé parisien au rythme des revendications du moment : salaires, emploi, retraite, santé, mais aussi régularisation des travailleurs sans-papiers. Les propositions du ministre du travail au sujet de l'épineuse réforme des régimes spéciaux de retraite, montrent, et il ne faut pas se leurrer, qu'il n'en demeure pas moins des désaccords ostensiblement exprimés entre les associations de travailleurs. Par exemple, la CGT et FO s'opposent catégoriquement, par principe, aux 41 annuités de cotisation pour pouvoir bénéficier d'une pension de retraite à taux plein, tandis que la CFDT y est favorable, sous condition tout de même que ces dernières soient différées tant qu'un projet de loi, notamment un système de bonus malus sous forme de pénalité financière, pour faire pression et inciter les entreprises à embaucher des seniors, ne sera pas mis en pratique, d'où une durée majorée progressivement d'un trimestre par an jusqu'en 2012 évoquée par l' aigre-doux Xavier Bertrand.

Ce semblant d'unité affichée nous amène à nous interroger sur la crise de représentativité du syndicalisme.

Penchons-nous sur les causes économiques.
Historiquement, les grands bastions du syndicalisme se sont inscrits dans la société industrielle. La tertiarisation, quant à elle, n'est pas porteuse d'une culture syndicale. Avec son avènement, les ouvriers, forces vives du syndicalisme, sont en déclin.
Avec le développement de la précarité, le monde du travail est divisé. Or, le syndicalisme a besoin d'unité. En éclatant les statuts du monde du travail, en accélérant la segmentation du marché du travail, on éclate les mouvements collectifs. En effet, il n'est pas simple que de trouver un terrain commun réunissant les intérêts d'un contractuel et d'un agrégé par exemple.
La féminisation du travail rend l'engagement syndical, eu égard aux activités familiales, plus difficile << Si je me syndique, c'est autant de temps en moins que je passe à m'occuper des enfants. >>, même si cette conception sexiste de la répartition des tâches domestiques et familiales est en profonde mutation.
Le discours fédérateur et porteur des syndicats, à savoir de meilleures conditions de travail et une augmentation des salaires, peut perdre en crédibilité face à la montée du chômage. En effet, est-il sage et avisé que de réclamer des augmentations de salaires face une part conséquente de travailleurs sans emploi ? Ainsi, le développement du chômage peut constituer un frein, du moins une retenue, aux ardeurs revendicatrices des salariés.

Intéressons-nous maintenant aux causes sociales.
Avec la moyennisation de la société, l'individu perd une conscience de classe, se replie sur sa sphère privée et se désintéresse de la chose publique (voir article posté le mardi 04 mars).
L'individu individualiste qui résulte de l'égalisation des conditions, résonne en matière de coût et d'avantage. Ainsi, le paradoxe d'Olson met en évidence la théorie dite du passager clandestin, ou free rider, laquelle partant du principe que l'action collective est toujours plus rentable pour quelqu'un qui ne sait pas engagé mais qui profite des résultats obtenus. En effet, il est une stratégie qui consiste à profiter des acquis de l'action collective tout en laissant aux autres en assumer les préjudices.

Enfin, les syndicats n'en sont-ils pas la cause eux même ?
Avec le passage à une société post-industrielle, le mouvement social a changé de contenu. En effet, on observe une montée d'autres préoccupations, ces dernières étant axées sur l'autonomie des individus, la question de l'autorité, l'hédonisme, l'environnement, ou encore la démocratie. Elles débouchent sur des mouvements féministes, écologiques, régionalistes, antiracistes, altermondialistes, ou encore en faveur du droit au logement pour tous et des sans-papiers. Alain Touraine parlera de "nouveaux mouvements sociaux" pour désigner ces conflits propres à la modernité. Or, un syndicat est une association assurant l'organisation et la défense des salariés. Il est donc impuissant face aux nouvelles formes de conflits qui se développent, ces derniers sortant de la sphère du travail.
Pire, les syndicats ne s'adaptent pas face aux vraies attentes des salariés. Il y a un réel décalage entre l'appareil à la force de frappe nationale qu'ils prônent et les mutations socioculturelles qui privilégient l'engagement de proximité que l'on pourrait taxer de corporatiste.
Le tout sur fond d'une multiplicité des syndicats et de querelles d'appareil, qui nous conduisent à penser que le syndicaliste considère le salarié avec la même condescendance que le politique considère son électeur.

Paradoxalement, la crise du syndicalisme est susceptible de nuire à la fois aux salariés, qui perdent un contrepouvoir important pour la reconnaissance de leurs droits dans une économie qui voit les idées libérales se développer, mais aussi aux entreprises, dans le sens où des coordinations de jusqu'au-boutistes, qui ne sont pas rompus à l'"art de la négociation", prendront la place de médiateurs institutionnalisés, seront en définitif plus durs, à l'origine de mouvements "anarchiques" propices aux surenchères.

<< Camarades, camarades ! D'aucuns diront que le syndicalisme est à la société moderne ce que le mercurochrome est à la jambe de bois. A ceux là je dirai, rappelez vous l'essentiel : Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ! Le syndicalisme, c'est le contraire !" (Coluche) >>

/Flo/

# Posté le samedi 03 mai 2008 15:15

Modifié le dimanche 04 mai 2008 04:38

Fais-toi avant qu'on ne te fasse

Fais-toi avant qu'on ne te fasse
Kazimierz écrivait << Le téléviseur est la baraque de foire où le peuple vient voir les merveilles du monde. >> Allumez votre poste de télévision, et éteignez votre cerveau. Les yeux dans le vague, la mâchoire qui se détend, c'est inerte que, tous les jours, je réponds à ma névrose par des satisfactions illusoires, celles d'une culture pernicieuse astreinte au complot de l'audimat, flatter mes bas instincts. La télévision me maintient dans un état d'enfant. Une fois que l'enfant a eu ce qu'il voulait, il ne se pose plus de question. Et c'est bien là le coeur du problème de ces artefacts, qui, nous abreuvant outrageusement de plats insipides exempts de subtilité mais qui assouvissent notre curiosité malsaine, font inéluctablement de nous des assujettis aux spots publicitaires, à l' expansion prosélytique, despotique, et même présomptueuse, mais qui surtout nous détournent de la "chose publique".

Le penseur Tocqueville s'inquiétait déjà pour cette perte de critique vis-à-vis de la Res publica, cette dernière trouvant sa cause dans << une passion du bien matériel >>, pour laquelle la démocratie est permissive. << Ce que je reproche à l'égalité (il faut entendre démocratie), ce n'est pas d'entraîner les hommes à la poursuite de jouissances matérielles défendues, c'est de les absorber entièrement dans la recherche de jouissances permises (...) Le risque est donc un détachement de la part du peuple de la chose publique et par la même de laisser s'installer un pouvoir despotique (non au sens de tyrannique mais bureaucratique et technocratique). >> explique-t-il. Le taux d'abstention, par exemple, vient étayer sa thèse, même si ce dernier peut être un choix politique, mais qui, mettons-nous d'accord, ne l'est que très rarement. << Ah ! Y'a des élections ce jour-ci ?! Mais j'ai prévu d'aller en week-end. >>, ces derniers, et on les comprend, sont plus préoccupés à savoir à quel moment ils vont changer le canapé du salon que d'aller voter. Ainsi, face à un peuple qui perd progressivement ses libertés politiques se développerait un Etat omniprésent, ce dernier fabriquant un individu dépendant, assisté. Cet Etat omniprésent, et donc qu'on le veuille ou non, omnipotent, est ce "genre" de technocrate qui promulgue des lois à Bruxelles, lesquelles nous disant par exemple, avec toute la prise en considération qu'ils nous doivent, dans des conventions communéments admises du fait de notre inertie, combien de millimètres doivent faire les mailles de nos filets de pêche.

<< Les faits divers, qui ont toujours été la pâture préférée de la presse à sensations; le sang et le sexe, le drame et le crime ont toujours fait vendre et le règne de l'audimat devait faire remonter à la une, à l'ouverture des journaux télévisés, ces ingrédients que le souci de respectabilité imposé par le modèle de la presse écrite sérieuse avait jusque là porté à écarter ou à reléguer. Mais les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion. Les prestidigitateurs ont un principe élémentaire qui consiste à attirer l'attention sur autre chose que ce qu'ils font (...) Et si l'on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles, c'est que ces choses si futiles sont en fait très importantes dans la mesure où elles cachent des choses précieuses. >> écrit Pierre Bourdieu dans son virulent mais juste "Sur la télévision suivi de L'emprise du journalisme". Les faits dits omnibus, ceux qui n'attisent pas notre intellect, et les couvertures de presses "peopolisées" (dans le sens où la mante religieuse fervente de la polyandrie qu'est la Première Dame de France n'a pas fini de faire la Une de leurs journaux. Mais mettons-nous à leur place, ces derniers ont raison de procéder ainsi. La preuve, je suis à peu près sûr que c'est la photographie qui vous a poussée à lire cet article) masquent donc la "réalité" par leur caractère fortuit, inopiné, mais surtout extraordinaire. Mais comment publier de l'"extra-quotidien" dans un quotidien ?

La leçon a en tirer ne se limite bien évidemment pas seulement à : Cesse de pratiquer l' onanisme devant ta presse à scandale si tu ne veux pas que l'on prescrive les dimensions de ton filet de pêche, même si elle en n'est non loin.

/Flo/

# Posté le mardi 04 mars 2008 13:24

Modifié le dimanche 20 avril 2008 06:33

Les explications néo-classiques et keynésiennes du chômage ; Deux conceptions tout a fait différentes du salaire ; La théorie du salaire d'efficience

Les explications néo-classiques et keynésiennes du chômage ; Deux conceptions tout a fait différentes du salaire ; La théorie du salaire d'efficience
Le niveau de salaire qu'une entreprise est prête à verser à un salarié, est le surcroît de richesses (productivité marginale) créées par ce salarié. Pour faire simple, il faut que l'embauche soit rentable pour l'entreprise. En effet, pour les libéraux, le travail est une marchandise, et à ce titre, il obéit à la loi de l'offre et de la demande. Moralité, toute variation du salaire dans un sens va entrainer une variation de l'emploi dans l'autre. Ainsi, pour les libéraux, si chômage il y a, c'est parce que le coût du travail est trop élevé. (se référer éventuellement à l'article posté le vendredi 5 octobre). Ces derniers vont même jusqu'à parler de "chômage volontaire", c'est-à-dire qu'en pesant le pour et le contre, le chômeur refuserait de travailler aux conditions du marché. Pourquoi me lever tous les matins pour aller travailler, pour finalement gagner autant que mon RMI ? Le chômeur met alors en balance la désutilité marginale du coût du travail.

Keynes, lui, va réfuter tout ça. Selon lui, c'est la production qui détermine le chômage, production elle-même déterminée par le niveau de la demande. Le volume de l'emploi dépendrait donc de la demande effective, soit la demande anticipée par les chefs d'entreprise. Le chômage, on le subit alors de façon totalement involontaire.

Il y a donc 2 conceptions tout a fait différentes du salaire. Pour les libéraux, c'est un coût, et pour les keynésiens, il est d'abord et avant tout vu comme un revenu, puisqu'il permet d'alimenter la demande. Chirac, en 1995, a eu son "trip keynesien". << La feuille de paye n'est pas l'ennemi de l'emploi. >> disait-il. Sauf qu' une fois élu, Alain Juppé a été nommé premier ministre. Ce dernier nous a fait une "vraie" politique de l'offre. Ce trip aura donc duré le temps d'une campagne.

Une autre approche : la théorie du salaire d'efficience, théorie qui remet en cause l'approche libérale. Selon cette analyse, une entreprise peut faire elle-même le choix de ne pas baisser les salaires, et peut y trouver son propre intérêt. En effet, on comprend l'état d'esprit qui peut animer quelqu'un qui est payé au plus bas. Il doit se dire que l'on a pas de reconnaissance particulière pour ce qu'il fait. Or, si on augmente son salaire, c'est sans doute qu'on a pris en considération ce qu'il est, et ce qu'il fait. A partir de là, il va donc s'impliquer, et pourquoi pas, faire du zèle. Dans la même logique, mais cette fois peut-être un peu plus tiré par les cheveux : si lorsqu'on embauche, on propose un salaire élevé, le "charlot" (qui sait que ç'en est un), ne se présentera pas à l'entretien. << Oulah ! Vu le salaire qu'ils proposent, c'est sans doute pas pour moi ! >> Les moins productifs ne viendraient pas et s'autolimiteraient, tandis que les "bons" se diraient : << Ah c'est pour les bons, j'y vais ! >> Je n'aime pas employer ce mot, mais cette sorte de "sélection naturelle" pourrait être profitable pour l'entreprise.

/Flo/

# Posté le mercredi 16 janvier 2008 16:11

Modifié le mardi 10 juin 2008 06:09